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 Le Synopsis.

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Le Narrateur.
La Sainte Trinité.


Messages : 1031
Date d'inscription : 25/07/2011

Feuille de personnage
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MessageSujet: Le Synopsis.   Lun 25 Juil - 10:36

    Ceci constitue un synopsis dont la lecture est totalement facultative. Il peut néanmoins vous aider à mieux cerner l'Amérique dans laquelle nous nous trouvons ici, et vous permettre de plonger un peu mieux dans cet univers qui est désormais nôtre.


      SUN CITY – SYNOPSIS.


    S
    teve Wallace n’avait jamais aimé les jours de pluie.

    La pluie avait en effet toujours été annonciatrice de malheur chez les Wallace. C’était elle qui avait tambouriné de longues heures à leurs fenêtres lorsqu’Armand Wallace, éminent homme d’affaires et brillant chef de famille, était décédé des suites d’une mauvaise grippe, une vingtaine d’années plus tôt. C’était également elle qui avait éjecté la voiture de sa femme, Elna, hors de la route 66 alors qu’elle revenait d’une visite chez sa sœur, quelques mois plus tard.
    C’était enfin elle qui avait noyé tous ses espoirs d’une vie meilleure alors que Miranda Jones avait pris peur et s’était enfuie de Los Angeles quelques heures à peine avant de l’épouser. Il y avait cinq mois de cela.
    Non, Steve Wallace n’avait jamais aimé la pluie. Et il s’était par ailleurs toujours évertué à la tenir éloignée de lui, dans l’espoir, peut-être, de toucher de nouveau au bonheur.
    Homme à la forte carrure et à la trentaine révolue, charmeur de ces dames à ses heures perdues mais surtout agent gouvernemental émérite, c’était ainsi le sourire aux lèvres que Steve Wallace se rendait sur son lieu de travail. Car aujourd’hui, on était en plein milieu de l’été, la chaleur était caniculaire malgré l’heure précoce et c’était sous un ciel d’un bleu éclatant que Washington D.C., peut à peu, s’éveillait. Il était sept heures trente-huit.


    Washington D.C. – Siège du FBI. 8 :00 AM.

    « Alors, quoi de beau par cette splendide matinée ?

    Coulant un regard terne par-dessus son écran d’ordinateur, Sarah Connor – et non, ce n’était hélas pas une plaisanterie, quoi qu’elle l’ait bien souvent souhaité – eut un vague sourire tandis que le visage de son partenaire apparaissait derrière l’épais rideau informatique dans lequel elle s’échinait à plonger chaque matin. L’œil vif, les cheveux en bataille, l’homme attendait patiemment qu’elle daigne lui répondre – et elle, elle prenait littéralement son pied à lui imposer ces quelques secondes de silence qui précédaient chacune de ses réparties. Tapotant pensivement le rebord de son clavier, elle le passa brièvement en revue, laissant glisser le temps sur le rebord de sa langue, avant de décréter avec un sérieux outrancier :

    - Absolument rien.

    Et instantanément, le visage de son comparse disparut sous un voile rendu noir par l’ennui.

    - Tu déconnes ?
    - Absolument pas.
    - T’es sûre ?
    - Absolument certaine !

    Il émit un geignement assez peu élégant – qui, globalement, ressemblait à une espèce de « bweeuuulaaaarghflleuh » dont l’intelligence suintait par tous les pores – et laissa lourdement retomber son coude sur le recoin du bureau.

    - Sérieusement… on est pas censés avoir un taux de criminalité élevé ?
    - Il faut croire que les méchants sont partis en vacances, susurra-t-elle alors que ses yeux repartaient en direction de la machine qui lui tenait tête.
    - Il doit bien y avoir au moins un mec dans ce pays qui a envie de déconner, maugréa-t-il sans cesser de la dévisager.
    - Ca te plairait ?
    - De quoi ?
    - Qu’une femme se fasse égorger dans un coin de rue.

    Il fronça imperceptiblement les sourcils.

    - Ca te ferait de la distraction.
    - Sarah, soupira-t-il. Arrête.
    - Pourtant, c’est ce que tu sous-entends, ironisa-t-elle avec un sourire en coin.
    - Sarah, tu sais parfaitement ce que je veux d…
    - Connor, Wallace !

    Ils relevèrent tous les deux le menton et jetèrent un regard derrière eux. A quelques mètres de là, accoudé à la rambarde qui bordait un vaste bureau, un grand homme au teint largement halé par des années de vadrouille au soleil semblait les fusiller du regard.

    - Dans mon bureau.

    Ils acquiescèrent en silence et Steve se retourna vers son amie tandis qu’elle laissait sa chaise rouler en arrière.

    - Il a un problème ?

    Elle lui glissa un regard malicieux tandis que l’incompréhension embrumait son regard argenté.

    - Non, décréta-t-elle simplement. Il a du boulot. »


    Washington D.C. – Quelque part sur l’autoroute, en direction du Dulles International Airport. 8 :30 AM.

    « Je me demande ce qui pouvait le foutre autant en rogne, marmonna Steve, vautré à sa droite, un large gobelet de café frappé estampillé Dunkin’ Donuts à la main.
    - Je ne sais pas, répondit-elle en s’engageant sur la voie de droite, le pied prêt à écraser l’accélérateur. Mais ça avait l’air d’être en rapport avec l’affaire qu’il vient de nous filer.
    - Bah, si ça l’inquiète tant que ça, pourquoi nous l’avoir refilée à nous ? articula-t-il entre deux gorgées. C’est flatteur, je dois le reconnaître… mais j’aurais plus vu DeLarge sur un gros coup. Il l’a toujours eu à la bonne.
    - DeLarge est en service depuis au moins trente-cinq ans, s’exaspéra-t-elle. C’est normal qu’il ait plus d’influence. Et puis, on a fait du bon boulot jusqu’à présent, signala-t-elle. Y a pas de raison qu’on écope de rien d’influent. On est tout autant agents que lui.
    - Ouais… peut-être. Mais ça a quand même l’air sérieux.
    - Tu devrais être satisfait, non ?
    - Pourquoi ?
    - On a enfin quelque chose à faire et en plus il fait une chaleur à tomber en Arizona.

    Il l’observa avec des yeux ronds tandis qu’un gargouillis sonore émanait de son gobelet. Elle fronça le nez.

    - Oh, arrête, Steve, c’est dégueulasse.

    Un sourire goguenard étira ses lèvres et le bruit s’intensifia.

    - Merde, Steve, t’es un vrai gamin ! »

    Et leur voiture fit un vague écart tandis que Sarah lâchait le volant pour tenter vainement d’asséner une claque sur le front de son collègue.


    Au dessus de l’Arkansas. 11 :12 AM.

    « Bon ! bailla-t-il en se redressant sur son siège. Que savons-nous, exactement ?
    - C’est assez vague, répondit-elle en feuilletant les quelques pages que contenait l’enveloppe qu’on lui avait fournie. C’est même surprenant qu’on nous envoie sur place avec aussi peu d’informations.
    - Okay… fit-il en hochant lentement la tête, sa main droite esquissant des moulinets qui l’incitaient à poursuivre. Et que sait-on, en fait ?
    - Eh bien… il y a eu une sorte d’émeute dans une petite ville pas loin de Phoenix.
    - La cause ?
    - On ne sait pas. C’était hier en fin d’après-midi.
    - Donc, on nous envoie sur place le lendemain. Les forces de police locales rament ?
    - Faut croire. Apparemment, elles ont contacté le gouvernement peu de temps après le début de l’affrontement.
    - C’est assez bizarre quand on sait à quel point elles peuvent être peu enclines à nous appeler à l’aide…
    - Surtout dans la région, remarqua-t-elle en portant à sa bouche l’un des petits crackers que lui avait remis un steward un peu plus tôt.
    - C’est pas faut, acquiesça-t-il. D’accord. Y a pas l’air d’avoir eu de faits notables dans la région ces derniers temps, ajouta-t-il en tapant consciencieusement sur le clavier de l’ordinateur portable qu’il avait ramené sur ses genoux. Rien sur le net en tout cas.
    - Et dans notre base de données ?
    - Mhhhh… la seule chose récente, c’est un gosse qui a tenté de s’introduire dans le Medical Lab il y a trois mois.
    - De la route 60 ?
    - Vers Gold Canyon, ouais.
    - Quel âge ?
    - Dix-neuf. Connie LaGarde.
    - Qu’est-ce qu’un gamin pouvait vouloir y faire ? s’interrogea-t-elle sans cesser de le fixer.
    - Je ne sais pas. Des types seraient prêts à embaucher des mômes pour voler des informations à une entreprise concurrente, fit-il sans cesser d’observer son écran.
    - C’est pourtant pas la meilleure des cibles, songea-t-elle. On a déjà fait plus célèbre.
    - Tu connais, toi, répondit-il en levant finalement les yeux vers elle. Moi j’en avais jamais entendu parler.
    - Ma mère a assisté à un séminaire là-bas, fit-elle en haussant les épaules. Pour son job.
    - Je vois.

    Il hocha la tête.

    - Ok. On a donc une émeute et une tentative de vol ratée – ils l’ont choppé pas loin du grillage, il s’était blessé en escaladant et a pas été très dur à rattraper – qui n’ont apparemment pas de lien. Et… ah…
    - Quoi ? siffla-t-elle en voyant la discrète lueur qui avait commencé à briller au fond des yeux de son collègue.
    - Apparemment, y a eu pas mal de morts.
    - Combien ?
    - C’est pas précisé.
    - Et tu sais quand même qu’y en a eu beaucoup ? J’ai rien dans ce qu’on nous a donné.
    - Ca a dû être ajouté entre temps dans le dossier du réseau.
    - D’accord… on n’a pas non plus leurs identités je suppose ?

    Lentement, Steve referma le clapet de son ordinateur pour regarder sa collègue. Et dans ses yeux, le brasier s’allumait.

    - Non. »


    Phoenix – Phoenix Sky Harbor International. 0 :23 PM.

    « On prend un sandwich ?
    - Bonne idée. On mangera en route comme ça.
    - T’as l’air pressée de partir, Sarah.

    Elle haussa les épaules.

    - On devrait trouver une voiture de location pas loin, fit-elle sans relever.
    - Hey, Sarah.

    Il l’attrapa fermement par l’épaule pour la placer face à lui.

    - Y a un problème ?

    Elle baissa les yeux, cherchant désespérément quelque chose susceptible de capter son attention, mais renonça bien rapidement. Relevant le nez vers lui, elle soupira.

    - J’ai hâte de rentrer.
    - T’aimes pas l’Arizona ?

    Un soupir fusa d’entre ses lèvres et elle remua vaguement la tête.

    - Pas vraiment. »


    Sur la route 60, en direction de Florence, Arizona. 1 :00 PM.

    « C’est désert par ici.

    Les yeux rivés sur le journal local qu’il avait acheté à son arrivée, Steve approuva.

    - On n’a pas croisé une seule voiture depuis qu’on a quitté Phoenix. Pourtant, c’est à côté.
    - Ca ne m’a pas l’air normal.
    - Vacances ? Et puis, vu l’heure, tout le monde doit être en train de manger.
    - C’est pas une raison, répliqua-t-elle. Y a pas un chat.
    - Chaleur ?

    Elle secoua la tête.

    - Même. Ils ont l’habitude ici. C’est autre chose.

    Et, voyant le silence inhabituel dans lequel son partenaire était soudainement plongé, elle reprit :

    - Tu penses à quelque chose ?
    - Je… c’est peut-être plus important qu’il n’y paraît, lâcha-t-il finalement. Ca a bien réussi à foutre le chef en rogne.
    - Tu crois que ça serait une grosse affaire ?

    Il dodelina de la tête, le regard vague.

    - Peut-être. En attendant…

    Il désigna les ébauches de maisonnettes qui se profilaient au loin.

    - C’est là-bas qu’on aura des réponses. »

    Et au milieu du tumulte de flammes qui consumait ses iris naissait peu à peu ce qui s’apparentait étrangement à de l’inquiétude.


    Florence. 1 :16 PM.

    « Personne ! lança-t-il en revenant vers elle, ses lunettes de soleil à la main. J’ai fait le tour, c’est désert.
    - Tu as même regardé du côté du bar qu’on a croisé à l’entrée ? l’interrogea-t-elle alors qu’il les remettait sur son nez après les avoir essuyées consciencieusement.
    - Que dalle. Et de ton côté ?
    - Rien. Même la mairie est fermée.

    Il entama joyeusement une séance de mordillage de lèvre inférieure tandis qu’elle parcourait les alentours du regard.

    - Y a peut-être quelque chose, suggéra-t-elle finalement.
    - Ah ouais ? Quoi ?
    - Quand on est arrivés. Sur la route, avant d’entrer dans la ville. Y avait une ferme.
    - Ouais, je m’en souviens.
    - Ses fenêtres étaient calfeutrées.
    - Vraiment ? J’ai rien remarqué pourtant.
    - Tu étais occupé à finir d’avaler nos deux sandwichs, lui fit-elle signaler. Je pense qu’on devrait aller voir.
    - Ca me paraît être une excellente idée, sourit-il en faisant volte-face. Je prends le volant. Et puis c’est faux. Il t’en reste une moitié sur la banquette arrière.
    - Touchant, rit-elle doucement.
    - Bah. Tu me sers à rien si t’as le ventre vide, railla-t-il en ouvrant la portière de la voiture. »

    Le moteur hurla rapidement et le véhicule ne tarda pas à disparaître au carrefour dans un nuage de poussière. Et tandis que le soleil continuait de taper dur sur la petite ville de Florence, les ombres s’éveillaient peu à peu dans les maisons, et la peur envahissait le regard de ses derniers véritables résidents.


    Aux abords de Florence, Arizona. 1 :27 PM.

    Les portières claquèrent de nouveau et ils prirent directement la direction de la porte de la maisonnette. S’essuyant le front d’un revers de manche – il avait finalement délaissé sa veste réglementaire pour ne plus garder sur le dos qu’une chemise d’un blanc éclatant -, Steve frappa sèchement le bois qui la garnissait. Il y eut comme un bruit étouffé quelque part derrière elle, puis le silence s’imposa lourdement.
    Il échangea un regard entendu avec sa partenaire avant de répéter l’opération, tambourinant avec plus de force cette fois-ci.

    « FBI, annonça-t-il à voix haute. Ouvrez.

    Quelques secondes sans un bruit suffirent à ce qu’il perde patience et entame de lyncher littéralement la porte qui s’obstinait à lui résister.

    - On sait qu’il y a quelqu’un à l’intérieur ! gronda-t-il, une pointe d’énervement germant au fond de sa voix. On vous a entendus. Ouvrez-nous. On veut juste vous poser quelques questions.

    Et évidemment, il ne se passa rien. C’est lorsque Sarah lui adressa un troisième coup d’œil interrogatif qu’il se décida à reculer de quelques pas, sans se détourner.

    - Bon, déclara-t-il excédé. Puisque c’est ainsi…
    - Tu comptes faire quoi ? l’interrogea-t-elle en fronçant les sourcils d’un air réticent.

    Il lui adressa un clin d’œil tout en desserrant le col de sa chemise et en ôtant la cravate qui profitait de la lourdeur de l’atmosphère ambiante pour tenter l’égorger depuis une bonne heure déjà.

    - Imposer mon statut de mâle dominant.
    - Que… ?!

    Et avant qu’elle n’eut le temps d’ajouter quoi que ce soit, Steve Wallace, avec toute la classe qu’imposait son statut de jeune homme à l’allure svelte quoi que finement ciselée, écrasa son pied au niveau de la serrure, fit violemment sauter le loquet qui leur bloquait l’accès et laissa la porte s’ouvrir avec fracas sur une pièce totalement noire d’où s’échappait une âcre odeur de renfermé.

    - Bien, s’écria-t-il après avoir tiré d’un coup sec sur son encolure pour remettre un peu d’ordre dans son apparence. Maintenant, j’entre !
    - Steve… attends !

    La testostérone dégoulinant le long de son cou au même titre que la sueur, Steve Wallace, emporté dans un tourbillon d’hormones mâles et le désir irrépressible d’aller mettre la main sur le petit malin qui semblait se foutre ostensiblement de sa gueule, ignora les appels de sa camarade et s’engouffra dans les ténèbres. Elle étouffa un gémissement plaintif et fut contrainte de le suivre, laissant derrière elle le soleil brûlant de l’Arizona, au profit de l’air étouffant de la sombre demeure.


    Aux abords de Florence, Arizona. 1 :32 PM.

    « Cet enfoiré se cache, grogna Steve tout en se plaquant contre le mur qui bordait le hall d’entrée pour jeter un coup d’œil dans la pièce qui s’offrait à lui. Bordel, on n’y voit rien. Y a pas un interrupteur ?
    - La lumière n’a pas l’air de marcher, répondit Sarah en abaissant vainement le bouton qui patientait à sa droite. Steve, ressortons, c’est pas prudent.

    La langue de l’homme claqua nerveusement contre son palais tandis qu’il secouait la tête.

    - Y a un mec planqué ici et j’ai dans l’idée qu’il peut nous éclairer sur ce qui se passe dehors, déclara-t-il. Faut le choper.
    - Là n’est pas la question. C’est dangereux.
    - Rien à foutre. Si on sort, il peut toujours décamper. Y a plein de portes dans ces putains de baraques.
    - Mais…
    - Shhhh, siffla-t-il. Y a de la lumière là-bas.
    - Put… »

    Il n’en attendit pas plus et s’engouffra dans la pièce, son revolver dégainé, le cran d’arrêt retiré.


    Aux abords de Florence, Arizona. 1 :33 PM.

    « C’est récent, fit-il en effleurant du bout des doigts les bougies qui trônaient sur la table. Apparemment on dérange, ajouta-t-il en posant son regard sur la boîte de tomates pelées ouverte qui attendait à côté.
    - Celui ou celle qui vit ici s’obstine à rester dans le noir total alors qu’il fait grand soleil dehors, lui chuchota Sarah en cherchant son bras. Quitte à allumer des chandelles.
    - Doit avoir peur de quelque chose, marmonna-t-il en examinant avec plus d’attention la pièce.

    Devant lui, seuls quelques bocaux se dessinaient dans le noir.

    - Finalement, on a peut-être bien fait d’entrer, ironisa-t-il en souriant discrètement.
    - Je n’en suis pas si sûre, bredouilla Sarah en trouvant finalement son épaule.

    Et sans qu’il n’ait rien eu le temps d’ajouter, un craquement retentit dans le noir. Et ce craquement, ils ne le connaissaient que trop bien.
    Ils se figèrent instantanément. Quelqu’un venait de recharger un fusil, à quelques mètres d’eux.


    Aux abords de Florence, Arizona. 1 :35 PM.

    « Vous êtes qui ?! aboya une voix, à l’autre bout de la pièce.
    - Calme, mec… commença Steve.
    - Parlez !

    Ils se regardèrent l’un l’autre sans se voir, puis ce fut Sarah qui prit la parole.

    - Agent Sarah Connor, FBI. Lui, c’est Steve Wallace, mon coéquipier. Posez cette arme s’il vous plaît.
    - Sarah Connor ?! Sans déconner, vous avez pas mieux ?!!

    Elle soupira, agacée.

    - Laissez-nous vous montrer nos badges et vous en aurez le cœur net, reprit-elle en s’efforçant de dominer l’irritation qui croissait en elle. Mais d’abord, posez ce fusil.
    - Qu’est-ce qui me dit que vous êtes pas comme eux ?!
    - C’est bon, Pa. ‘sont clean.

    Sarah n’eut aucun mal à sentir Steve se crisper tandis qu’il tournait vivement la tête pour tenter de distinguer le propriétaire de la nouvelle voix.

    - Vous êtes combien dans cette maison ? demanda-t-il.
    - Ca vous regarde pas… comment tu l’sais, Sammy ?! continuait l’homme sans se démonter.
    - Ils parlent, Pa.
    - Ils… parlent ? murmura Sarah en se rapprochant un peu plus de son compagnon. »


    Aux abords de Florence, Arizona. 1 :46 PM.

    « Expliquez-vous, ordonna Sarah en s’asseyant sur la chaise branlante qui s’offrait à elle dans le salon. Qu’est-ce qu’il se passe ici ?

    L’homme – un vieux bonhomme au visage ravagé par le désert et à la barbe broussailleuse – baissa les yeux quelques instants, adossé contre le mur derrière lui.

    - Répondez, ordonna Steve qui restait debout à côté d’elle.
    - Je…
    - C’est bon, Pa, annonça le jeune garçon qui lui tenait apparemment compagnie. La porte est bloquée. Le verrou marche plus mais j’ai calé a’ec le buffet de l’entrée.
    - D’accord. Merci, Sammy, bafouilla l’homme.

    Steve s’éclaircit bruyamment la gorge, les bras croisés contre son torse. Sous la maigre lueur des chandelles, ses traits étaient figés en une expression de dureté rare. Sarah l’observait en silence, interpelée par ce sérieux qu’elle ne lui connaissait pas, et n’aurait jamais soupçonné possible, venant de lui.

    - Oui je… désolé. Moi, c’est John. John Oswald. Et lui, c’est Sam. C’mon fils.
    - D’accord, marmonna Steve. Vous pouvez nous éclairer sur la situation actuelle ?
    - Bah…

    Le gros homme se frotta machinalement la nuque, passant sa main sur les quelques cheveux qui persistaient à la naissance de son crâne.

    - Y s’relèvent.
    - Je vous demande pardon ?
    - Les… les gens. Ils se relèvent.
    - Vous pouvez développer ? demanda Sarah, dont le calme se voulait apparent.
    - Ils essayent de vous dire que les morts sont pas vraiment morts, coupa Sam. Ca s’passe depuis hier après-midi. Ca a commencé dans un cimetière et… y avait un enterrement. La m’dame Susie qui gérait le Motel du coin y a même pas deux ans encore. Ben elle est morte, cancer. Et hier ils l’enterraient.

    Il s’arrêta un instant pour déglutir, visiblement à bout de souffle, puis reprit.

    - Eh ben au moment où ils allaient mettre le cercueil dans la terre, v’là que ça s’met à taper de l’intérieur. Et fort apparemment. Au début ils y croyaient pas mais finalement ils se sont décidés à ouvrir. Et pis…
    - Et puis ? insista Sarah, en voyant que l’autre cherchait désespérément un moyen de se défiler.
    - Et pis Susie s’est r’levée et elle a mordu le prêtre.
    - Euh… quoi ? bredouilla Steve, l’air incrédule.
    - J’vous assure qu’c’est vrai ! s’exclama le jeune Sam. Susie elle a mordu l’prêtre au cou jusqu’au sang, et elle voulait plus l’lâcher.
    - Tu… pourrais nous dire où t’as entendu ça ?
    - J’l’ai pas entendu, répondit-il du tac-o-tac. J’l’ai vu. J’y étais.
    - Suzanne était une amie de ma femme, confessa John sans quitter le sol des yeux.
    - Et votre femme, elle n’est pas là en ce moment ? continua Sarah.

    L’homme ne répondit pas et se contenta de secouer la tête.

    - D’accord… murmura-t-elle. Et qu’as-tu vu ensuite, Sam ?

    Le garçon semblait s’être ratatiné sur place, comme s’il avait voulu disparaître. Sa voix se faisait hésitante, haletante. On aurait cru qu’il luttait contre ses propres souvenirs, songea-t-elle en silence.

    - Eh ben… les gens se sont précipités pour aider le prêtre. Elle voulait plus le quitter, et ça pissait le sang de partout. Alors finalement en s’y mettant à plusieurs ils ont réussi à la décoller… et illico elle a mordu dans la main d’un de ceux qui la tenaient. Le temps qu’il se mette à hurler, le prêtre était mort par terre. Enfin…

    Sam frissonna.

    - Il l’est pas resté longtemps. Il s’est relevé et il a commencé à marcher vers les gens autour de m’dame Susie, et il s’est accroché à eux et il a mordu.

    Les larmes perlaient à présent au coin de ses yeux pendant qu’il continuait son récit en haletant.

    - Alors moi j’ai pris peur parce qu’y avait tout le monde qui criait et s’affolait et j’suis parti en courant.
    - Je… vois.
    - J’ai couru et couru et j’ai encore couru, continuait-il, incapable de s’arrêter. Et dans la ville c’était bizarre, parce que y avait des gens qui se battaient et je comprenais pas pourquoi, et finalement j’en ai vu un qui était penché sur un autre, et il avait plein de sang de partout, et j’ai compris qu’il était encore en train de le mordre, et il m’a vu passer alors il s’est relevé et a commencé à marcher vers moi. Vides, ses yeux. Il les avait tout vides et il se traînait sous le soleil avec du sang de partout et complètement débraillé, il avait la figure toute écorchée et… et… et j’suis sûr qu’on voyait l’os de son front et… et j’ai couru…

    Il hoquetait et l’eau roulait le long de ses joues.

    - Et puis j’suis rentrée à la ferme et j’ai crié « Papa, c’est la folie dehors, faut qu’on se cache, ils vont nous boulotter ces salauds, ils vont nous boulotter tout crus ! » et j’ai vu le cadavre du shérif Truman derrière la grange et il était plein de sang mais sa tête était… explosée… Alors avec Pa, on a calfeutré les fenêtres et les portes et on s’est enfermés avec le fusil et…
    - Attendez… vous êtes en train de nous dire qu’il y a des zombies dehors ? interrogea Steve, qui voyait que l’adolescent perdait totalement pied. Comme dans… les films ?

    Le jeune hocha la tête en reniflant. Son regard luisait sous la lueur des flammes derrière ses cheveux emmêlés.

    - N’allez pas croire qu’c’est un menteur, s’interposa John en le regardant sévèrement. Mon Sammy est un bon gars. Il ment jamais. Ce qu’il dit c’est la vérité. J’l’ai vu de mes propres yeux, moi aussi. J’ai éclaté la tête de Truman avec mon fusil, sinon il allait me bouffer. Ce type… c’était plus vraiment lui. C’était même plus un humain. C’était qu’un… steak sur pattes. Plus aucune trace d’intelligence dans ses yeux. Rien. Voulait juste me bouffer. Rien.

    Il réprima un tremblement avant de se ressaisir.

    - Vous êtes bien dans la merde maintenant qu’on vous a envoyés ici, ajouta-t-il à l’adresse de Sarah. Mais c’est p’têtre pas plus mal. Ca va se répandre et bientôt y aura tout le pays qui sera contaminé. Ici au moins, on est à l’abri. Enfin… en espérant que votre entrée fracassante les ait pas attirés.
    - Attendez, attendez, dit Steve. Vous nous dites donc qu’il y a des mort-vivants qui se baladent dehors. Mais… comment se fait-il qu’on ne les ait pas vus ? Y avait même pas de sang ! Rien !
    - Ben… ça, j’sais pas. Doivent se cacher. Ou alors sont loin.
    - Phoenix allait bien quand on l’a quittée. Et on n’a vu personne en chemin.
    - Ils vont lentement, vous savez. Pour sûr, ils sont aussi lents d’esprit que de corps. Mais ils existent bien. J’en suis certain. C’est pas là-dedans, dit-il en se tapotant la tempe avec le bout de son indexe. J’le sais. Ma femme était là-bas. Elle était à l’enterrement. L’est pas rev’nue. Bouffée. Comme eux tous. Chuis sûre qu’elle est là quelque part et qu’elle en boulotte un autre. C’plus ma femme. C’plus qu’un steak. Pas un humain. Rien. Rien. »

    Rien.


    Aux abords de Florence, Arizona. 2 :35 PM.

    « On fait quoi, alors ? demanda Steve en se plaçant face à elle.
    - Je… ne sais pas trop, avoua-t-elle en détournant le regard. C’est un peu confus dans ma tête aussi, tu sais.
    - Tu crois réellement ce qu’ils ont dit ?

    Il y eut un bruit sec en provenance du salon. John venait apparemment de renverser l’un des bocaux qui attendaient sur la table. Ils tendirent l’oreille un instant, puis Steve se retourna vers elle. Ils s’étaient isolés dans la cuisine, et il peinait réellement à la distinguer tant la lumière y était basse.

    - Steve, dit-elle en lui agrippant inconsciemment les mains. Ce gosse est traumatisé et son père n’en mène pas large non plus. Il se passe quelque chose de grave ici et je pense… je pense qu’il faut les croire.

    Il sourit silencieusement, la contemplant sans réellement la voir. Elle le dévisagea, interloquée.

    - Qu’est-ce qu’il y a ?

    Il agita faiblement ses doigts, qu’elle serrait toujours fermement.

    - T’es mignonne quand t’angoisses.
    - Je… que… quoi ?!

    Elle haussa les sourcils et un masque de surprise tendait tout son visage tandis qu’un flux incontrôlable d’hémoglobine filait jusqu’à son visage pour venir rosir ses joues. Elle remercia en silence le ciel pour que la lumière ait été aussi basse mais ne parvint cependant pas à se séparer de lui.

    - Steve… ?
    - Ouais ?
    - Tu n’es qu’un. Illustre. Connard.

    Il eut un rire bref.

    - Il paraît ouais.
    - Un odieux enfoiré.
    - Attends…
    - Un être abject et fourbe doublé…
    - Attends !
    - … d’une enflure incommensurable, le tout saupoudré de…

    Il arracha sa main droite de l’emprise de la femme et posa un doigt sur ses lèvres, l’air brusquement beaucoup plus tendu.

    - Sarah, attends !

    Elle le regarda sans rien dire, les yeux ronds.

    - J’ai entendu quelque chose, souffla-t-il en se reculant.

    Elle sentit avec horreur les doigts de l’homme lui échapper et dut avec regret se résoudre le laisser s’éloigner.

    - C’était… comme si on tapait, ajouta-t-il en se rapprochant du mur. Là, derrière.
    - Tu es sûr de toi ? articula-t-elle avec difficulté tandis que ses yeux décidaient de se mettre à la brûler avec une sournoiserie qu’elle jugea tout à fait scandaleuse.
    - Certain, répondit-il en collant son oreille gauche au mur. Tiens. Ca continue. Plus loin.
    - Steve…
    - Par là !

    Il se décolla brusquement de la paroi, attrapant le revolver qui saillait à sa ceinture et disparut dans le salon sous l’exclamation étranglée de John.

    - Hey ! Qu’est-ce que vous faites ?! s’écria-t-il en s’avançant vers le fusil qui reposait sur la table près de lui.
    - Steve ! cria Sarah en s’engouffrant dans le hall d’entrée à sa suite.
    - Mais merde, il fait quoi vot’copain ? beugla rageusement John, carabine à la main.
    - Y a quelque chose qui rode dehors et j’entends bien voir ce que c’est, annonça Wallace en déplaçant tant bien que mal le meuble qui obstruait la sortie.
    - Mais vous êtes MALADE !

    La main graisseuse du vieil homme effleura l’épaule de Steve et ce dernier se retourna brusquement pour le plaquer contre le mur.

    - Ecoute, vieux. Je sais que tu flippes et c’est ton droit. Mais moi, j’entends bien démêler toute cette histoire et rapidement. Ta baraque est charmante mais je peux pas supporter de rester cloîtré comme ça. Je suis pas un rat. Alors tu me laisses sortir et après si tu veux tu refermes derrière moi. Mais moi, je vais dehors. Avec ou sans toi.

    Et il se recula pour revenir à l’assaut du buffet qui terminait de désencombrer le passage.

    - Vous allez vous faire BOUFFER ! hurla John dont la voix s’éraillait tant la terreur qui la contaminait était grande.
    - Rien à foutre, grogna-t-il en ouvrant la porte avec fracas. »

    La lumière n’attendit pas un instant de plus pour s’engouffrer dans la pièce, aveuglant ses occupants et laissant déferler sur eux un vent brûlant. Enfilant les lunettes qui jusque là patientaient à son col, Steve bondit à l’extérieur. Au loin, les aboiements frénétiques d’un chien déchiraient le silence avec rage.


    Aux abords de Florence, Arizona. 3 :47 PM.

    « Steve, fais pas le con, bon sang !

    Il sentit de nouveau le bras de Sarah qui s’accrochait au sien, mais ne la regarda pas. Dressé au milieu de la cour qui s’étalait à l’entrée de la ferme, Steve Wallace plissait les yeux en guettant l’horizon, et tendait l’oreille dans la quête du moindre son.

    - Steve !

    Il n’y avait apparemment aucun mouvement alentours, et pourtant, son instinct lui ordonnait de chercher encore. Il était évident que quelque chose clochait. Il était évident que dès le début, il y avait eu un problème. Cette affaire n’était pas nette et ne l’avait jamais été. Et il était évident qu’en cet instant-même, quelque chose errait autour d’eux, et ce quelque chose, il allait le trouver. Il allait le débusquer et enfin mettre le fin mot sur toute cette histoire.
    Le sang bouillonnait dans ses veines et battait à ses tempes. L’action pulsait dans ses veines et il sentait tous ses sens en éveil. Les lèvres soudées entre elles, la mâchoire crispée, Steve Wallace scrutait la lumière et n’y percevait rien qui fut susceptible de l’alarmer. Pas une ombre pour s’extirper hors d’un bâtiment et cavaler par saccades dans sa direction. Pas un râle pour venir échauffer sa nuque. Seulement ce putain de soleil, et les plaintes de sa coéquipière, qui le sommait de redevenir raisonnable, et de rentrer à l’intérieur, ou au moins, d’aller jusqu’à la voiture, car il leur fallait contacter le…

    -… QG !

    Il ferma les yeux et le vent s’engouffra prestement dans ses cheveux pour ébouriffer sa crinière. Autour de lui, la nature semblait s’éveiller. Il percevait le bruissement de la poussière qui geignait sous le pas précipité des mulots. Il entendait la brise et les pleurs, lointains, du fils Oswald. Et il entendait, oh oui, il entendait, là-bas, tout près, le battement frénétique, dépourvu de tout rythme, celui d’un poing qui frappe, d’une main qui s’appuie brusquement, celui du bois qu’on heurte sans remords et qui craque sous l’assaut répété de celui qui…

    - Par là !

    Il pivota et s’élança vers le bâtiment qui se dressait une dizaine de mètres sur la gauche de la maison.

    - OU EST-CE QUE VOUS ALLEZ ?! hurla John en se risquant au dehors.
    - Grange ! rétorqua Steve en entraînant Sarah avec lui.
    - VOUS ETES TOTALEMENT FOU !!
    - Ta gueule, gronda Steve sans même se retourner. »


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :00 PM.

    « Hey ! Retournez-vous ! cria-t-il en se stoppant. ILLICO.

    La silhouette cabossée se stoppa, à moitié affalée contre le mur à sa gauche, et sembla frissonner. Steve écumait sur place.

    - ON SE RETOURNE J’AI DIT.

    L’homme – car c’en était de toute évidence un – tressaillit de nouveau puis amorça de se retourner. Et Sarah Connor écarquilla les yeux lorsque le visage de la funeste créature lui fut révélé sous la lumière éclatante du soleil de Juillet.
    Car c’était une face d’où n’émanaient pas la moindre émotion et surtout pas le moindre relent de vie qui se montrait à eux. Le cuir chevelu rongé et ensanglanté, la babine pendante et un énorme lambeau de peau pendant de sa tempe pour aller partiellement recouvrir une orbite vide, l’autre s’avançait à présent l’allure voûtée, prenant éternellement appui contre la palissade pour ne pas tomber. Son genou était littéralement désarticulé. Eclaté par le plomb d’un fusil terrifié. Impossible d’en douter.

    - Bordel de merde, souffla Steve en reculant d’un pas pour venir se heurter à sa partenaire.
    - Steve… retourne-toi, lui murmura-t-elle en dégainant à son tour son revolver.

    Mais, incapable d’arracher à sa vue cette abominable chose qui se trémoussait dans sa direction, il fut incapable d’amorcer le moindre geste.

    - Steve. Il y en a là !

    Les paroles fusèrent finalement au travers de ses tympans pour aller se heurter aux parois internes de son crâne et il fit volte face. Et la vue était des plus horrifiantes. C’était comme s’ils s’étaient cachés tout ce temps. Comme s’ils avaient attendu ce précis instant de faiblesse pour sortir de leur trou et se révéler enfin à eux.
    Car, un peu partout autour des deux agents, surgissant de derrière un arbre, un recoin de bâtiment, ou se profilant tout simplement loin à l’horizon, des êtres en ruines émergeaient de l’ombre. Steve fut pris d’un indescriptible et violent haut-le-cœur et dut porter sa main à sa bouche lorqu’un gargouillement le ramena à la réalité. Se retournant de nouveau, il mit rapidement en joue celui qui continuait de se traîner dans la grange et tira. Le crâne implosa sous le choc et il n’y eut bientôt plus qu’un cadavre informe pour gésir au sol. Il entendit un hurlement horrifié émerger de la ferme et sa main alla trouver celle de Sarah. Il l’entraîna avec elle dans un murmure :

    - Viens. »


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :44 PM.

    « Putain… ils sont trop nombreux. On va jamais s’en sortir.

    Il cracha par terre, le regard éreinté. Sarah ne put renflouer un frisson incontrôlable alors que des grondements rauques retentissaient sous leurs pieds.
    Cela faisait à présent plus d’une heure qu’ils étaient bloqués. Voyant déferler sur eux une armée de monstres décomposés, ils n’avaient eu d’autre choix que de se réfugier sur une maigre passerelle fichée dans l’un des murs de la grange.
    Et cela faisait à présent quarante-cinq minutes qu’ils ne parvenaient même plus à distinguer la paille qui en recouvrait le sol, tant leurs assaillants étaient nombreux.

    - Vous… vous avez pas des copains à vous qui vont venir vous aider ? articula John Oswald, appuyé contre la paroi de planches et son fusil fermement serré contre son torse, à quelques dizaines de centimètres d’eux.

    Elle baissa les yeux pour finalement remuer la tête.

    - Non, avoua-t-elle. On n’avait pas prévu de se retrouver face à… ça.
    - Mais vous devez bien avoir un téléphone ?

    Le regard de Steve sembla tout à coup s’illuminer.

    - Attendez, fit-il en portant sa main à la poche de son pantalon.

    D’un geste vif et habile, il en retira une forme sombre. Ouvrant le clapet de son portable, il scruta longuement l’écran tandis que son pouce parcourait le clavier. Accolant finalement l’objet à son oreille, il se laissa tomber en arrière et attendit.
    Il attendit une seconde, il attendit deux secondes, il en attendit trois. Il en attendit quatre et ses traits peu à peu se tendirent. Il en attendit cinq et une grimace rageuse étira ses lèvres. Il en attendit six et finalement rejeta sa main en arrière avec un grondement de colère.

    - Putain de merde, bougonna-t-il avec désespoir.
    - Quoi ? Qu’est-ce qu’y a ? s’impatientait John sans pour autant desserrer un seul instant son étreinte sur l’arme qu’il tenait.
    - Ca ne marche pas, fit Sarah en rangeant à son tour son téléphone.
    - Quoi, ça marche pas ? Ca répond pas ? Recommencez !
    - Non. Ca… ne marche pas. Il n’y a pas de tonalité.
    - Comment ça qu’y a pas d’tonalité ? C’est pas parce qu’on est une p’tite ville qu’on a pas d’réseau, bon sang !
    - C’est pas ça, fit Steve d’un ton las. Les antennes relais ne doivent plus fonctionner. Y a plus personne.
    - Vous sous-entendez quoi, là ? demanda Sam en sortant finalement de son mutisme.
    - Je sous-entends qu’on est foutus. »

    Il ferma les yeux, allongé sur le dos, quelques brins de paille enfouis dans sa chevelure, et l’âme à présent vidée de toute espérance.


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :53 PM.

    « J’me casse.
    - Quoi ?!
    - J’me casse, j’ai dit.

    La voix de John Oswald, à présent perché au-dessus du vide, était entrecoupée de soubresauts. De grosses gouttes dégoulinaient de son front cramoisi et il les regardait fixement ; une lueur folle embrasait ses prunelles.

    - Papa ! s’exclama Sam en rampant vers lui.
    - Vous êtes fou, souffla Sarah. Vous n’avez aucune chance.
    - J’ai pas plus de chances si je reste ici ! »

    Et sans un mot de plus, le vieux fermier bondit dans le vide pour disparaître sous une masse grouillante où les visages vides s’agglutinaient en un sinistre spectacle.


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :53 PM.

    « JOHN ! hurla Sarah sans être capable d’esquisser le moindre geste.
    - PAPA !

    Sam Oswald se précipita vers le rebord et s’affala brutalement dans un concert de craquements tandis que Steve lui faisait un croc-en-jambe. En bas, il y eut deux détonations tandis que les hurlements de l’homme se perdaient sous les gargouillements de ceux qui s’attelaient dès à présent à le dépecer.

    - Lâchez-moi ! »

    Alors qu’il s’avançait vers Sam pour tenter de le maîtriser, Steve se prit un violent uppercut dans la mâchoire. Etouffant une exclamation de surprise – et éventuellement, de douleur -, l’homme s’affaissa en arrière et Sam se dégagea. Se jetant sur lui dans l’espoir de le retenir, Sarah fut bien rapidement projetée en arrière tandis qu’un coup de pied venait lui éclater la lèvre.
    Et lorsqu’elle heurta à son tour le plancher usé qui les supportait, il y eut un claquement sec, et le sol se déroba sous leurs pieds.


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :54 PM.

    « STEVE ! »

    Son appel se mua en un cri suraigu tandis qu’une deux rangées d’incisives s’enfonçaient dans la fine peau qui recouvrait son épaule. Faisant volte face, elle esquiva de peu la baffe magistrale qu’un homme d’environ cinquante ans – et dont les viscères pendaient négligemment hors de son ventre dans un rendu des plus ravissants – et asséna un coup de pied dans l’entre-jambes de celui qui était en train de s’attaquer à sa cheville. L’assaut, qu’elle aurait premièrement supposé terrible, n’eut pour effet que de le faire s’effondrer momentanément au sol. A peine l’avait-il touché qu’il tentait déjà de se relever. Elle hurla de plus belle lorsque l’étau qui lui broyait le bras se resserra et dégaina son arme. Visant à l’arrachée, elle pressa la détente et la tête qui lui mastiquait allègrement la chair s’effondra sur elle-même au même titre que le corps qui la soutenait lui tomba directement dessus. S’étalant au sol sous un poids bien trop lourd pour sa frêle silhouette, elle vit mille et une chandelles parader autour elle et tenta vainement de se dégager. Le type devait bien peser dans les cent-vingt kilos. Une main vint lui griffer le visage et elle asséna des coups au hasard, sans jamais toucher sa cible. Sa carotide était sur le point d’être violemment arrachée lorsque la masse qui la clouait au sol disparut brusquement. Il y eut plusieurs coups de feu et elle sentit qu’on l’empoignait par le bras pour la tirer en arrière. Se relevant en titubant, elle se laissa entraîner, n’opposant plus la moindre résistance. Quelques doigts agrippèrent ses longs cheveux blonds mais elle ne s’en soucia même pas. Elle trébucha de nombreuses fois, mais tint bon la cadence, sans pour autant y voir quoi que ce soit.


    Aux abords de Florence, Arizona. 4 :57 PM.

    « Merde Sarah, tu pisses le sang !

    Un claquement violent lui indiqua qu’une porte venait d’être fermée. Vautrée sur ce qui semblait être une caisse, elle papillonna longuement des yeux. Peu à peu, la lumière se fraya de nouveau un chemin vers ses pupilles et elle distingua avec difficulté l’espace dans lequel elle se trouvait. C’était une pièce annexe située au sein même de la grange. Ca ressemblait fortement à une étable, mais il n’y avait là aucun animal.
    A l’exception d’eux-même.

    - Sarah, ça va ?

    Le visage de Steve vint soudainement se positionner face au sien. Les yeux gris de son compagnon la dévisageaient avec intensité. Un filet de sang coulant de sa tempe l’empêchait d’ouvrir totalement la paupière gauche. Elle tendit une main tremblante vers son front et effleura la blessure qui s’ouvrait sous son cuir chevelu.

    - Tu…
    - Toi aussi.

    Il se força à lui adresser un maigre sourire et ses sourcils tressaillirent.

    - On a des sales gueules, hein ? fit-il doucement.

    Elle le regarda un moment sans rien dire avant de sourire à son tour. Tout autour d’eux, des martèlements répétés indiquaient qu’on tapait sur les planches qui les entouraient dans l’espoir d’entrer. Il n’y avait plus de coups de feu, à l’extérieur. Et les hurlements déchirants de Sam s’étaient finalement tus.

    - Je crois, oui, confessa-t-elle dans un murmure.
    - Enfin… moi encore ça va, mais toi, ma pauvre, c’est une horreur, continua-t-il avec un brin de malice.
    - Mais… je t’emmerde, sinistre connard, rit-elle avec amertume en faisant mine de se relever.
    - Tu devrais rester assise, fit-il en lui attrapant le poignet. C’est limite si tu t’es pas étalée sur moi pendant que je t’amenais là.
    - Et toi, preux chevalier blanc, tu m’aurais conduite jusqu’ici au péril de ta vie en me prenant dans tes bras…
    - A peu près, fit-il en ricanant.

    Le regard de la jeune femme se ternit brusquement.

    - Ca va, fit-elle en le repoussant pour se remettre debout.

    Elle chancela un instant puis se stabilisa. Sans regarder autour d’elle, elle se dirigea machinalement vers le mur en face d’elle pour s’adosser contre lui. Et se retourna vers Steve en soupirant.

    - Et que fait-on, maintenant ?

    Il s’essuya l’œil avec sa manche, achevant de ruiner ce qu’il lui restait de chemise en noyant le tissu dans son propre sang.

    - T’aurais pas une idée lumineuse, par hasard ? répondit-il en faisant un pas dans sa direction.
    - Pas vraiment, fit-elle tristement. Et une migraine carabinée pour couronner le tout.
    - Je vois pas de solution, bougonna-t-il. On est totalement cernés. Va savoir combien ils sont.
    - Quoi qu’il en soit, on n’a pas le temps de réfléchir. Ces planches ne vont pas tenir bien longtemps, dit-elle en désignant le mur qui les entourait d’un large signe de menton. Et en restant là, on ne fait que leur donner l’opportunité d’arriver en plus grand nombre. Il faut qu’on bouge, conclut-elle fermement.

    Surprise par son silence, elle leva les yeux vers lui. Il était à présent à moins de deux mètres d’elle et la contemplait le sourire aux lèvres.

    - Quoi ? demanda-t-elle nerveusement.
    - Rien.
    - Bon, alors on fait quoi finalement ?
    - Normalement, c’est le moment critique où je t’embrasse.
    - Pardon… ?

    Et sans qu’il n’ait eu le temps d’amorcer le moindre mouvement dans sa direction, les planches qui soutenaient Sarah explosèrent tandis que des mains avides de viande les traversaient pour venir s’agripper à elle.
    Il hurlait son nom en se ruant vers elle lorsqu’elle disparut à son tour dans les ténèbres.


    Oswald Farm, Arizona. 5 :00 PM.

    « SARAH !!!

    Un tumulte fracassant lui défonçait les tempes et son cœur battait la chamade. Le pied de la jeune femme disparut au milieu des créatures et ces dernières commencèrent bien vite à enjamber le trou qu’elles venaient de faire dans la palissade pour se diriger vers lui. A l’autre bout de la pièce, une autre rangée de planches cédait. Son arme au poing, Steve n’attendit pas un seul instant de plus et se précipita vers la porte, qu’il éclata d’un coup de pied bien avisé. La voix de Sarah se perdait au milieu d’un concert de plaintes brûlantes et il ne voyait à présent plus que des hordes de monstres autour de lui. Tournant la tête vers la gauche, il constata qu’un attroupement continuait de se former à l’endroit où la brèche avait été ouverte. Rechargeant son revolver, il sentit son sang qui ne faisait qu’un tour et se jeta dans le tas. Les coups de feu se succédèrent et les corps s’affaissèrent tandis qu’il plongeait au milieu des troupes ennemies pour tenter de la récupérer.
    Les mains fouillaient sa chevelure et s’y agrippaient mais il n’y prêtait plus attention. La plaie béante sur son front s’élargit et le sang coula de plus belle mais c’est à peine s’il sentit la douleur. Les dents s’enfonçaient dans sa chair mais il ne frappait pas. Non, il se contentait d’avancer. Car son seul objectif à présent n’était autre que…

    - SARAH !

    Un visage tuméfié vint se mettre en travers de son chemin et il l’explosa d’une balle. Sa main tendue en avant, il cherchait désespérément. Les dents se plantèrent dans son poignet et il tira de nouveau. L’étau se resserrait autour de lui et il tirait encore. Il tira, tira, jusqu’à ce que son chargeur rende l’âme. Une enfant s’agrippa sauvagement à son flanc et il lui asséna un coup de crosse en pleine tempe. D’un habile mouvement d’épaule, il parvint à se libérer de l’étreinte des ombres et avança de plus belle.
    Et il n’y avait pas de trace de Sarah. Non. Il n’y avait plus une trace.
    Autour de lui, il n’y avait que des visages, des centaines et des centaines, des regards dépourvus de toute lumière, de toute émotion. Il n’y avait que des faces décomposées et des plaies suppurantes. Autour de lui, il n’y avait plus qu’une armée de monstres.
    Steve approchait de la brèche lorsque des ongles acérés vinrent se planter dans son cou. Il donna un coup de coude et se sentit ployer sous un poids considérable. Il frappa à l’aveuglette et les dents s’enfoncèrent dans sa peau.
    Il n’entendait plus que les saccades de son propre souffle et cet éternel battement qui lui retournait les tripes. Son corps n’était plus qu’un amoncèlement d’estafilades et sa vision elle-même faiblissait. Sa folle détermination, peu à peu, se retrouvait noyée sous une déferlante d’émotions contradictoires. Il était absolument désespéré. Un énorme pan de sa peau était arraché tandis qu’il terminait de choir au sol, écrasé. Steve sentait le noir qui corrompait peu à peu sa vision et ses bras ne répondaient même plus. Au prix d’un effort surhumain, il parvint quand même à se retourner. Il voulait voir. Il voulait contempler une ultime fois cet abominable spectacle dans lequel il se retrouvait plongé. Et alors que le froid terminait d’engourdir tous ses membres, son regard se posa sur la silhouette qui le dominait.
    Ses iris ternis par le spectre de la mort remontèrent péniblement le long des courbes jusque là si gracieuses, s’attardant pour la dernière fois sur les formes aguicheuses, déplorant avec amertume de voir les vêtements si fins ainsi souillés. Glissèrent le long de ses hanches, esquivèrent la poitrine pour se perdre dans une mer dorée.
    Sarah était au-dessus de lui, les bras ballants, la gorge dévorée, et le contemplait d’un air morne, totalement absent. Ses prunelles d’ordinaire si pétillantes de vie n’étaient plus que deux tâches sombres au milieu d’une mare de sang. Le visage si parfait n’avait plus rien d’enviable. Toute beauté s’était envolée.
    Elle n’était plus qu’une horrible bête dépourvue de toute humanité.
    Ses lèvres frémirent pendant qu’elle se penchait sur lui.

    - Sarah… »

    Les dents de Sarah plongèrent dans son cou et le sang s’écoula de nouveau.

    Non, Steve Wallace n’avait jamais aimé la pluie.

    Que ce soit une fine bruine ou une averse draconienne, la pluie avait toujours contribué à le plonger dans une profonde torpeur, aussi physique que mentale. Synonyme de tristesse et de pleurs, la pluie n’avait jamais réussi qu’à lui donner le sentiment que finalement, la vie ne valait peut-être pas la peine d’être vécue. Et ça, Sarah ne l’avait jamais réellement compris.
    La pluie tombait pourtant à flots, en ce vendredi si particulier, par un soir d’automne, lorsqu’il l’avait rencontrée.
    Et le soleil brillait pourtant de mille feux, en ce jour-même, alors qu’il s’évanouissait, son corps brisé par les coups et son âme rongée par un obscur sentiment de terreur.

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